Affaire Jovenel Moïse: Rodolphe Jaar auditionné pour la première fois par la justice américaine

Comme prévu, Rodolphe Jaar a fait ce jeudi 20 janvier 2022, sa première comparution par devant un tribunal fédéral de Miami, en Floride aux Etats-Unis. Extradé récemment sur le sol américain, l’homme d’affaires a été accusé d’avoir fourni un soutien matériel ayant entraîné la mort du président haïtien Jovenel Moïse. L’ancien trafiquant de drogue qui a été représenté par le bureau du défenseur public fédéral, sera gardé au centre de détention fédérale de Miami en attendant la prochaine audience prevue mercredi prochain et sa mise en accusation le 3 février.

Il était muni de son uniforme de prisonniers de couleur beige. Menotté, des chaînes tout autour de sa taille, Rodolphe Jaar qui portait un cache-nez de couleur bleu, s’est présenté par devant le tribunal fédéral de Miami. L’audience était virtuelle en raison de la pandémie, et c’est la juge fédérale Lauren Fleischer Louis qui l’a présidée.

Selon ce qu’a rapporté le service créole de La Voix de l’Amérique, l’homme d’affaires, avant le début de la séance, était assis sur un banc fait en bois. Pensif, M. Jaar, par moment, appuie sa tête sur un mur tout près de lui. Au cours de cette audience, l’ancien trafiquant de drogue qui s’est exprimé en Anglais, a pris connaissance des accusations officielles de la justice américaine portées contre lui, dans le cadre de l’assassinat du Président Jovenel Moïse.

Dans cette plainte dévoilée ce jeudi par le Département de justice des Etats-Unis, il est mentionné que l’homme d’affaires a mis une maison à la disposition de 20 Colombiens, recrutés pour exécuter un soi-disant mandat d’arrestation contre le Chef de l’Etat. Rodolphe Jaar a avoué, dans une interview aux enquêteurs, qu’il était chargé de fournir des armes à feu pour l’opération. D’après le document, le suspect a assisté, en juin 2021 à une rencontre avec d’autres comploteurs dont Mario Antonio Palacios Palacios et un Haïtiano-Américain, pour discuter du plan d’arrestation.

La plainte précise qu’en date du 9 décembre dernier, M. Jaar a répondu volontairement aux questions des enquêteurs américains en dehors des Etats-Unis. Lors de cette interrogation, souligne le document, il a avoué avoir fourni des armes et des munitions aux Colombiens, dans le cadre de l’opération menant à l’assassinat du patron d’Agritrans, chez lui à Pelerin 5. « Le projet a été transformé en assassinat, parce que le premier plan qui était d’arrêter, puis évacuer le Chef de l’Etat par avion avait échoué », a témoigné l’homme d’affaires. Rodolphe Jaar admet avoir aidé Palacios, co-exécutant du complot et aux anciens soldats Colombiens de se cacher dans une Ambassade étrangère, après l’assassinat.

Selon l’avocat du gouvernement des Etats-Unis, Walter Norkin, l’ex-informateur de la DEA est arrivé sur le sol américain mercredi dernier dans l’après-midi, suite à une demande volontaire. A l’occasion de cette première comparution, la juge Lauren Fleischer Louis avait chargé le bureau du défenseur public fédéral de représenter M. Jaar, puisqu’il a déclaré qu’il n’avait pas d’argent ou de biens pour payer un avocat.

Au cours de l’audience, la Juge a interrogé le suspect sur son revenu annuel. Selon ce qu’a rapporté la Voix de l’Amérique, Rodolphe Jaar a affirmé qu’il est au chômage depuis 6 mois, et qu’il n’a aucun revenu actuellement. « J’ai seulement 2 mille dollars américains dans un compte bancaire en Haïti. Je n’ai aucune propriété, aucun véhicule ou aucuns biens aux Etats-Unis », a-t-il déclaré devant le tribunal.

En raison de l’absence de revenu évoqué par le suspect, la Juge lui a permis d’avoir un avocat du gouvernement. Joaquin Padilla aura à lui représenté, en attendant que le concerné puisse lui-même engager son propre avocat. Suite à des concertations secrètes avec Rodolphe Jaar, son désormais client, l’homme de loi a demandé au tribunal de lui accorder beaucoup plus de temps, avant de franchir les autres étapes dans le processus légal.

Une demande qui a été accordée par la Juge, qui fixe pour mercredi prochain, 10 heures du matin, une prochaine comparution. « Ce sera une audience préliminaire pour discuter de la detention », a précisé Lauren Fleischer Louis.

L’avocat du gouvernement américain, Walter Norkin de son côté, a demandé au tribunal de garder en prison Rodolphe Jaar, puisqu’il n’a aucun statut légal d’immigration aux Etats-Unis. Selon Miami Herald, l’homme d’affaires sera détenu pour l’instant au centre de détention fédéral de Miami, où il sera maintenu en isolement en raison du Coronavirus. « Une autre audience sur sa mise en accusation aura lieu également le 3 février », a écrit le média Floridien. Au cours de cette audience, le suspect peut plaider coupable ou non-coupable.

Selon le journal, qui cite Me. Norkin, la demande de mise en détention de Jaar a été formulée, parce qu’il est accusé d’un crime grave pouvant entraîner une peine de prison à vie, mais aussi, qu’il présente un risque de fuite. L’avocat du gouvernement a également indiqué que Rodolphe Jaar avait été condamné pour trafic de cocaïne il y a dix ans, et qu’il n’a purgé que quatre ans de prison.

Deuxième suspect arrêté par les autorités américaines dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse, Rodolphe Jaar, 49 ans, est de nationalité Haïtienne et Chilienne, selon les informations communiquées par le Département de justice des Etats-Unis.

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