André Michel s’acharne contre les 10 sénateurs, Joseph Lambert reste accroché à son mandat

Le sort des sénateurs ne semble pas être un sujet de préoccupation pour le peuple haïtien, qui de la même façon ne se reconnait pas dans le gouvernement en place, ne se reconnait non plus dans les 10 sénateurs restants, parce qu’ils ne servent plus à rien. Ces derniers n’ont aucun pouvoir de contrôle sur le gouvernement, ils ne peuvent faire valoir aucun droit de veto, donc aux yeux de la population ces hommes par éthique devraient publiquement rendre leur mandat à la population. Néanmoins, ils sont là, et ce sont des élus du peuple. Jovenel Moïse a créé un mauvais précédent en janvier 2021, en renvoyant 2/3 du sénat, cette décision donne lieu un an après à un débat controversé sur la fin du mandat des sénateurs restants.

Sans vouloir prendre position pour ou contre, il faut surtout voir dans les considérations des uns et des autres, des prises de positions ou des interprétations, allant dans le sens des intérêts qu’ils défendent. Le débat est plutôt politique qu’institutionnel. Les tweets du porte-parole du SDP et du président du sénat Joseph Lambert peuvent en témoigner.

Ce lundi 10 janvier, le pays s’est réveillé dans l’attente d’un tweet du premier ministre de facto Ariel Henry pour acter le départ ou non des 10 sénateurs restants. A défaut de tweet du chef de la primature qui s’investit en passant de pouvoirs présidentiels, le traître André Michel, qui se fait le porte-parole du pouvoir en place, s’est lancé depuis 4 jours déjà, dans une chasse sans merci contre le dernier 1/3 du sénat. Joseph Lambert pour sa part, a pris le devant ce matin en souhaitant une bonne année législative aux 10 sénateurs restants dont, dit-il, le mandat arrive à terme le 2e lundi de janvier 2023. Comment expliquer cet acharnement du porte-parole du secteur démocratique et populaire (SDP) contre une institution que l’année dernière il a défendu bec et ongles ? Que dire du sénateur Lambert, qui définitivement excelle dans la duperie, le mensonge et l’inconsistance ?

André Michel qui ne se cache plus, puisqu’il participe depuis la signature de l’accord du 11 septembre à la flambée de l’insécurité et à la vassalisation des institutions, ne jure que par le départ des 10 sénateurs. Le 6 janvier, il a pris position sur leur sort. « Le Mandat du Tiers du Sénat arrivera à terme dans 4 Jours. J’appelle le Premier Ministre et son Gouvernement à se concentrer sur l’essentiel, à savoir : la Sécurité du Pays, la Justice, le CEP, l’audit de gestion des organismes autonomes et du Parlement pendant les 10 dernières années », a-t-il écrit. Et pour couronner le tout, il dit avoir pris acte ce matin de la fin du mandat constitutionnel du dernier tiers du sénat, il demande au gouvernement de constater ce fait à toutes fins utiles.

On pourrait bien se demander si ce dernier est venu d’un autre monde. Il s’acharnait contre les agissements machiavéliques de Jovenel Moïse, il y a de cela moins d’un an et le voici aujourd’hui au timon des affaires, renonçant à tout ce qu’il avait comme valeur et éthique. On comprend maintenant pourquoi, Newton St Juste et lui étaient de très bons amis, au final ils nous ont montrés leur vrai visage. Mieux que quiconque aujourd’hui, André Michel n’est pas pour le dialogue, ni le consensus, il est pour l’affrontement entre des élus et le gouvernement de facto inconstitutionnel.

Joseph Lambert, pour sa part, se fait la risée de tout un peuple. Il s’est taillé un nom « d’animal politique », construit sur ses prises de positions conjoncturelles. Il n’a ni conviction, ni idéologie, ni consistance et ni état d’âme, il est le mal incarné qui participe depuis toujours à l’éclatement social et à l’effritement des valeurs morales. Il avait la possibilité le 7 février 2021 de prendre position sur la fin du mandat de Jovenel Moïse, il ne l’a pas fait, son échec à s’accaparer du fauteuil présidentiel suite à la mort de Jovenel Moïse, laisse sûrement des traces indélébiles dans sa carrière politique. Aujourd’hui ses sorties s’inscrivent dans une logique de « rebondissement » non pas dans une dynamique de respect de la Constitution. Son incohérence fait de lui un être méprisant auquel on attache aucune valeur, ses tweets passent comme une lettre à la poste. « En ma qualité de Président du Sénat, je souhaite une bonne année législative à mes Collègues Sénateurs qui forment le 1/3 du Sénat dont le mandat arrive à terme le 2ème lundi de Janvier 2023 », a écrit Joseph Lambert qui vient de passer un an au sénat en compagnie de ses collègues sans rien faire. Le manque d’honnêteté du sénateur dépasse l’entendement.

Tout compte fait, rien n’est encore joué, tout est encore possible. Néanmoins, la mort de Jovenel Moïse nous a ouvert les yeux sur le degré de délitement de la société haïtienne, mais surtout du secteur politique dominé par des sous-hommes. Ce qu’il va falloir faire en Haïti un jour, c’est de séparer, comme le dit la bible, le « bon grain de l’ivraie ». Entre ces hommes politiques, devenus aujourd’hui des partisans acharnés du pouvoir et les dix sénateurs restants qui mangent au frais de la République sans rien donner en retour, la différence ne tient qu’à un fil.

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