Coronavirus: La difficile application de “Rete Lakay ou”

Cette phrase est devenue virale depuis l’annonce des mesures barrières pour stopper la course folle du Coronavirus dans le monde. Chaque pays, dans sa langue propre, clame haut et fort cette fameuse phrase: “Restez chez vous! “, “Stay Home !”, “Rete Lakay ou !” Une mesure qui est loin de devenir une réalité en Haïti.

Elles ont toutes le même sens, mais ne peuvent en aucun cas s’appliquer de la même manière. Son application ou pas, dépend en grande partie des conditions matérielles d’existence de la population en question.

Dans les pays où les structures de bases (eau, électricité, internet…) ne font pas défaut, la population peut, facilement, accepter de rester chez elle. Dans les pays où ces besoins sont totalement inexistants, les infrastructures adéquates quasi-inexistantes, le cadre bâti est informel, le taux de chômage est considérablement élevé, plus de 50% de la population sont marginalisés (habitat précaire, chômage, pauvreté etc), la population peut entrer naturellement en rébellion. La raison est simple: “elle veut assurer sa survie au jour le jour.”

Dans un pays comme Haiti, “Rete Lakay Ou” est susceptible d’entrer en contradiction aux réalités socio-économiques et politiques.

La grande majorité de la population haïtienne est privée de tous les services sociaux de base. Elle n’a pas accès à l’eau potable, l’éducation, l’électricité, la nourriture, au travail, encore moins à un domicile décent. Sur le plan politique, c’est la méfiance totale. Les gouvernants ont perdu depuis plusieurs années, leur crédibilité et leur autorité aux yeux de cette population. Cet état de fait rend difficile l’application de cette fameuse mesure.

Les conditions précaires dans lesquelles vivent la grande majorité des haïtiens, expliquent en grande partie la présence quotidienne de nombreux citoyens dans les rues de la capitale et des villes de province.

Pour certains, l’État ne s’est jamais intéressé au sort des citoyens de Cité soleil, de La Saline, de Bel- Air, et de bien d’autres quartiers défavorisés d’Haïti. Alain Gilles, fameux professeur de sociologie à l’Univeraité d’Etat d’Haïti (UEH) dirait même que le pays n’est pas intégré, c’est-à-dire que l’État n’a pas le contrôle de l’intégralité du territoire. Pour le professeur, il ne s’est jamais intéressé au cadre bâti, au logement, aux infrastructures, au transport en commun, entre autres…

A date, des problèmes majeurs n’ont jamais été adressés dans un pays, dépourvu de presque tout. “Rete Lakay Ou” va à l’encontre des besoins quotidiens de la plus grande majorité des haïtiens.

Certes, pour éviter la propagation du Covid-19, “Rete Lakay Ou” est jusqu’ici la plus efficace et le meilleur moyen de réduire considérablement les risques de contamination. Cependant, dans une société haïtienne aussi dépourvue et vulnérable, avec une population en quête de survie quotidienne, l’application de cette mesure barrière reste et demeure une équation à plusieurs inconnus.

Ricot Saintil / HIP

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