Déportation: Témoignages poignants d’une Haïtienne sur le chemin de la caravane des migrants

De Chili jusqu’au Mexique, le voyage tumultueux de Madeleine est rythmé de désillusions, de galères et d’infortunes. Elle rappelle que sur 240 aventuriers, seulement 31 ont réussi à atteindre la frontière, après avoir traversé plus de dix pays.

La quête du rêve américain en optant pour les voies irrégulières de la frontière americano-mexicaine est semée d’embûches, rapporte Madeleine. La caravane des réfugiés a dû affronter toutes les péripéties pour espérer l’Eldorado américain. La liste des migrants n’ayant pas survécu à l’aventure de la caravane est longue. Des décès survenus en cours de route, des estropiés, des assassinats, des emprisonnements ont caractérisé ce périple dangereux.

« J’ai vu des corps sans vie, des estropiés, des enfants abandonnés. Certains sont tombés dans des falaises, d’autres réticents à payer le passage ont été assassinés par des agents de l’immigration », témoigne Marie.

Entre le 19 juin au 13 juillet, la caravane des migrants, composée majoritairement d’Haïtiens, n’a jamais été comme un fleuve tranquille. Les caravaniers ont dû traverser plus de 10 pays. La plupart des migrants ont cédé aux épreuves difficiles et haletantes du long parcours et des espèces sauvages qui guettent les réfugiés.

« Nombreux ont été emportés par les eaux en furie. Il revient également d’arpenter des montagnes, des sommets. Certains n’ont pas eu la force au-dessus de leur courage. Ils ont trépassé à mi-chemin », confie la survivante à la voix cassée.

Au drame de la traversée, s’ajoutent les exigences des guides et des services d’immigration. Les membres de la caravane doivent payer le passage au prix fort. Les agents préposés sur les lignes frontalières de Panama sont intransigeants en ce qui concerne les obligations de passe.

« J’ai constaté un jeune assassiné, son passeport était repéré à quelques pas du cadavre. Sa femme qui attend un enfant était inconsolable. Le jeune a été exécuté parce qu’il renonçait à payer le passage. À Honduras, le service de l’immigration exigeait au moins 300 dollars à chaque passant », a-t-elle raconté.

Les dernières décennies ont vu un changement brutal dans l’afflux migratoire. À défaut d’atteindre les États-Unis d’Amérique, des Haïtiens se sont immigrés en Amérique du Sud. L’Haïtien est devenu un peuple errant, des âmes qui espèrent un mieux-être en raison des conditions de vie difficiles en Haïti.

La mésaventure sud-américaine a contraint les déplacés à payer les yeux de la tête pour quitter le Chili, le Brésil entre autres. Certains ont dû payer 10 mille dollars américains pour réussir le trajet. La police frontalière de Panama, celle de la Colombie, du Honduras taxent les migrants et font monter les enchères.

L’idée de changer d’air, d’abandonner le Chili pour les États-Unis est nourrie par les désillusions, des déceptions rencontrées sur la terre de Pinochet. Les Chiliens sont réputés hostiles aux immigrés, les Haïtiens particulièrement ne sont pas les bienvenus. Il a été un combat de tous les instants pour certains compatriotes d’Haïti de s’intégrer dans les communautés chiliennes.

Madeleine, après un parcours épique, a réussi à regagner la terre de l’oncle Sam. Elle, son mari et son fils, après avoir été détenus sur la frontière du Texas, sont en passe de découvrir leur rêve. Depuis le 6 septembre, ils ont été retenus par les autorités américaines pour des formalités judiciaires, apprend-t-on.

Le 27 septembre prochain sera l’échéance fatidique, la dernière marche pour exorciser les vieux démons des échoués de la caravane et s’affirmer en héros. Elle y croit, malgré qu’ils sont placés dans un camp et repérés par des bracelets électroniques, le rêve américain est permis, dit-elle.

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