Gouvernement de transition en 2021 : le défi de l’opposition

L’opposition ne jure que par la transition politique pour remplacer Jovenel Moïse au terme de son mandat constitutionnel le 7 février 2021. Pour une frange, plus rien n’est possible avec l’imposteur Moïse. La transition, dit-elle, est la seule voie possible pour sortir le pays du carcan dans lequel il se trouve. Ne jouissant d’aucune légitimité ni de crédibilité populaire, Jovenel Moïse n’a pas les capacités nécessaires selon le secteur démocratique et populaire (structure clé de l’opposition), d’initier aucun dialogue sincère pour trouver un dénouement à la crise sociopolitique que traverse le pays depuis son accession au pouvoir.

Entre-temps, Jovenel Moïse joue à l’autruche, il a son agenda politique, et pour mener à bien son plan machiavélique visant à saper les bases constitutionnelles, à plonger le pays davantage dans le gouffre, il nomme par arrêté présidentiel le 18 septembre 2020, un CEP bidon anticonstitutionnel chargé d’organiser des élections et un referendum pour une nouvelle constitution. Le climat politique délétère, l’insécurité grandissante et l’incapacité dont fait montre Jovenel Moïse de matérialiser le vivre ensemble dans le pays, rendent impossible toute initiative de ‘’Nèg Bannann nan’’, selon les données recueillies par HIP. Plusieurs voix de l’opposition politique rejettent d’un revers de main le CEP de Jovenel Moïse, et ne jurent que par une transition politique. Un gouvernement de transition en 2021, tel est le vœu de l’opposition politique. Néanmoins a-t-elle les moyens de sa politique ?

C’est une pratique politique, le pays a déjà connu plusieurs gouvernements de transition. En Haïti, de 1804 à nos jours près d’une cinquantaine de gouvernements de transition ont été mis en place. L’armée haïtienne, durant son existence s’est amusée à renverser les gouvernements et à les remplacer. C’était une véritable force d’oppression qui a fini par s’autodétruire.

L’avènement de la démocratie en Haïti augurait un souffle nouveau dans le jeu politique. La constitution de 1987 en fixait les règles. Elle fait des élections libres et honnêtes, le seul moyen possible pour renouveler le personnel politique. Mais, dès son application, elle s’est heurtée aux velléités dictatoriales de l’armée, qui s’est révélée un véritable frein au nouveau régime politique. L’alternance politique prônée par la constitution de 1987 est bafouée, piétinée par les hommes armés. Mais à l’encontre de cette force répressive, il y avait la volonté populaire qui aspirait au changement. Le peuple s’est montré hostile aux pratiques rétrogrades de l’armée et voulait le changement politique établi par la constitution de 1987.

Les présidents issus des élections durant les 20 dernières années, à l’exception d’Aristide qui a subi les coups bas de l’armée, ont tous subi la colère populaire et l’acharnement des membres de l’opposition politique. Jean-Bertrand Aristide en a bavé pendant son deuxième mandat et a du s’exiler. L’opposition politique avait remporté le bras de fer contre le prêtre défroqué avec l’aide bien sûr du peuple qui aspirait une nouvelle fois au changement. Et la transition a été la voie adoptée pour un retour à l’ordre constitutionnel en 2006 avec l’élection du feu René Préval. En 2015, au terme du mandat constitutionnel de Martelly, ce dernier ne parvenant pas à organiser les élections pour se faire remplacer, a dû remettre l’écharpe présidentielle au parlement. Une autre transition s’est révélée indispensable pour l’organisation des élections et un retour encore une fois à l’ordre constitutionnel.

À chaque gouvernement élu se pose après un certain temps le problème de légitimité, de confiance, de crédibilité et surtout de capacité réelle à travailler dans l’intérêt collectif. Et à chaque fois la grogne populaire et la lutte pour exiger la démission du président se font entendre. L’opposition politique, bien qu’elle ne soit pas unifiée, s’est toujours révélée une structure de combat, un contre-pouvoir redoutable quand il s’agit de faire entendre raison au pouvoir en place.

Et encore une fois, l’opposition politique, avec le secteur démocratique et populaire en chef de file, tente depuis tantôt deux ans d’aboutir à la démission de Jovenel Moïse. Ce dernier, arrivé au pouvoir un an après le début de son mandat constitutionnel, est devenu la risée de tout un peuple. Comme bon nombre de ses prédécesseurs, ‘’Neg Bannann nan’’ n’a fait que fragiliser les institutions républicaines, exercer la répression politique, oppresser et appauvrir la population haïtienne. Par-dessus le marché, on a assisté à la recrudescence de la violence comme jamais auparavant et à la prolifération des bandes armées.

Depuis deux ans, il y a une levée de bouclier contre Jovenel Moïse. Les Petrochallengers ont passé de la demande du rapport Petrocaribe à la démission du président, indexé dans plusieurs rapports. Le mouvement ‘’peyi lòk’’ a été le plus abouti contre Jovenel Moïse. La population d’un côté et l’opposition de l’autre, bien que fragmentée, ont tout fait pour chasser Jovenel Moïse du palais national. Mais, ce dernier, supporté par l’impérialiste parvient à surfer sur les vagues malgré tout.

L’opposition politique ne s’avoue pas vaincue. Sa position ne change et ne changera pas, selon le secteur démocratique qui se montre jusqu’à présent cohérent à sa demande de démission du président de la République. Par contre, le pouvoir en place avec ses sbires, ses propagandistes, ses intellectuels colonisés et surtout ses alliés, principalement les Etats-Unis d’Amérique, semble indéboulonnable. Plus rien ne semble pouvoir arrêter la marche de Moïse, surnommé bêtement sur les réseaux sociaux « Apredye ». Jusqu’ici il s’est toujours tiré d’affaire, il faut le reconnaitre.

Il a survécu aux épreuves des émeutes des 6, 7 et 8 juillet, aux manifestations des Petrochallengers, au peyi lòk, au Coronavirus, et récemment à l’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval. Il est encore debout, et semble avoir des racines bien profondes. Sa dernière démonstration de force, est la nomination du CEP par arrêté présidentiel, il agit envers et contre tous. Le constat de l’échec de Jovenel Moïse est palpable. En 4 ans de mandat, il ne s’est jamais montré à la hauteur d’un chef d’Etat. Le pays s’est détérioré, la population s’est appauvrie, la démocratie en berne, l’insécurité galopante et les institutions inféodées. Le manque de sincérité du pouvoir en place ne lui confère aucune capacité de négociation avec l’opposition politique, qui ne jure que par la transition.

L’opposition haïtienne comme dans tout autre pays est plurielle. Elle n’est pas une unité, elle est traversée par des idéologies diverses. Elle a ses faiblesses et ses forces. Comme pendant ces dernières années, elle est aujourd’hui la force qui limite les dérives du pouvoir en place, elle est malgré ses limites le contre-pouvoir sur lequel s’appuie la population pour sa défense. Elle est la résistance dans les moments les plus difficiles et tragiques. N’ayant pas abouti au départ de Jovenel Moïse du pouvoir jusque-là, l’opposition met le cap sur la fin du mandat constitutionnel du président le 7 février 2021. À l’opposé de l’opposition qui fait de la transition politique pour succéder au président en 2021la seule issue possible, Jovenel Moïse, lui, met déjà tout en branle pour organiser des élections et quitter le pouvoir en 2022. Un véritable bras de fer entre l’opposition politique et le pouvoir en place. ‘’Nèg Bannann nan’’ l’a dit, il est l’héritier de Dieu en Haïti, donc il n’y aura plus de transition, a-t-il renchéri.

Malgré tout, l’opposition reste convaincue, que la seule voie possible est la transition. Dans ce duel à tout casser, l’opposition est en position de faiblesse pour certains et n’a pas les moyens de sa politique. Parallèlement, malgré tout Jovenel Moïse est de plus en plus décrié, son impopularité grandissante ne joue pas en sa faveur, sa violation de la constitution de 1987 avec la création du nouveau CEP bidon avec pour mission d’organiser un référendum pour une nouvelle constitution sont autant d’irritants qui peuvent faire basculer à tout moment la situation du pays et rendre possible la transition politique souhaitée par l’opposition politique.

Ricot Saintil/ HIP

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