Haïti-Protestation : Quand l’administration Biden assène un camouflet à la lutte populaire

Après le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, c’est au tour d’un haut responsable de l’administration Biden pour l’Amérique latine et des Caraïbes, Juan Gonzalez, de cracher sur le mouvement populaire contre la décision du gouvernement d’Ariel Henry de revoir à la hausse, manu militari, les prix des produits pétroliers en Haïti.

En effet, dans une interview accordée au journal floridien Miami Herald, le lundi 19 septembre, Juan Gonzales a laissé entendre que les troubles enregistrés en Haïti sont financés par des acteurs économiques qui, dit-il, s’opposent à la réduction de 400 millions de dollars de subvention du carburant.

« Les violentes manifestations qui ont plongé Haïti dans un état de chaos et d’anarchie encore plus profond sont financées par des acteurs économiques qui risquent de perdre de l’argent », a déclaré M. Gonzalez. « Ce sont des gens qui souvent ne vivent même pas en Haïti, qui ont des manoirs dans différentes parties du monde et qui paient pour que les gens aillent dans les rues », a poursuivi M. Gonzalez qui s’est gardé de citer des noms en dépit de l’insistance du journaliste.

D’autres questions ont été abordées dans le cadre de cette entrevue, notamment celle relative à la solution devant faciliter la résolution de cette crise. À ce propos, M. Gonzalez réaffirme de manière voilée le support de l’administration de Joe Biden au gouvernement d’Ariel Henry, estimant qu’il n’y a pas de solution miracle pour Haïti.

« Pour l’instant, l’administration Biden se concentre davantage sur l’instauration d’une crédibilité par le dialogue afin que l’aide puisse atteindre la population avec l’aide d’une police renforcée », dit-il.

« Il n’y a vraiment pas de solution facile en Haïti. Je pense également que le fait de laisser les Haïtiens résoudre leurs problèmes ne tient pas compte de la situation vraiment, vraiment préoccupante et qui se détériore à l’intérieur du pays », a-t-il déclaré, reconnaissant que dans le passé les États-Unis se sont concentrés sur les élections en tant que résultat, mais qu’ils se concentrent désormais davantage sur la promotion du dialogue haïtien.

« La réalité actuelle est la suivante : comment pouvez-vous avoir des élections en Haïti ? Je veux dire, ce n’est pas à nous de décider mais… à l’heure actuelle, si vous organisez des élections, peut-être que 5 % des gens voteront. Comme dans le passé, vous avez eu des dirigeants qui sont arrivés avec 10 % des voix. Est-ce la légitimité ? » M. Gonzalez a reconnu qu’une grande partie de l’aide des États-Unis ne parvient pas aux communautés en Haïti parce que les gangs contrôlent les routes et les communautés.
« L’élément gang est un élément qui évolue et qui est de plus en plus préoccupant. Alors que les gangs étaient autrefois un phénomène national, ils se sont concentrés dans les zones urbaines et contrôlent les corridors de mobilité », a-t-il déclaré. Les gangs, a noté M. Gonzalez, sont plus importants que jamais et, à l’heure actuelle, il estime que la violence rivalise avec la période Duvalier et il n’y a tout simplement pas de réponse facile à cette question. « Je pense que personne, y compris les Haïtiens, ne veut en arriver au point d’avoir un retour d’une force de maintien de la paix des Nations unies », a déclaré Gonzalez pour qui la question est donc de savoir ce que nous pouvons faire.

Notons que dans son adresse à la nation le dimanche 18 septembre dernier, le premier ministre Ariel Henry a assimilé les manifestants aux gangs armés. Cette déclaration a suscité une nouvelle fois la colère des membres de la population qui le lendemain ont barricadé tous les axes routiers pour exiger le départ du locataire de la primature.

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