Insécurité á Martissant: Enfer pour certains, source d’enrichissement pour d’autres

Dans un message vocal devenu viral sur les réseaux sociaux, on entend la voix du journaliste de Radio Caraïbes, Roberd Céliné, dit Bob C, expliquer à une dame dénommée Fabienne que Martissant n’est pas un obstacle pour lui, qu’il peut facilement la faire traverser en cas de besoin.

« Salut Fabienne, pour être honnête avec toi, je n’ai pas de voiture assurant le trajet du grand Nord, mais pour le grand Sud, Nippes, Sud-Est et Grand-Anse, j’en ai le contrôle, mes voitures sont très remarquables et mes chauffeurs paient gracieusement les bandits pour qu’ils donnent accès à mes voitures. Donc si tu veux rentrer chez toi, on peut venir te chercher à l’aéroport et traverser Martissant sans le moindre souci, nous avons des voitures appropriées pour le trajet. De chez toi étant, si tu veux te rendre dans d’autres villes de provinces du grand Sud, on mettra des voitures à ta disposition. De l’aéroport à ta maison, cela te coutera $ 350 US, $ 350 US de l’aéroport en passant par Martissant pour arriver chez toi », tel est le contenu de la conversation de Bob C avec la dénommée Fabienne qui enflamme les réseaux sociaux.

Cette conversation n’est pas anodine. Elle met en lumière l’exploitation lucrative qui se fait de l’insécurité qui s’installe à Martissant depuis plusieurs mois déjà. Bob C comme tant d’autres citoyens qui tirent profit de la scission du pays au niveau de l’entrée Sud de la capitale ne sont pas les premiers responsables du foutoir de Martissant, mais ils se font complices des bandits en soudoyant ces derniers pour leur faciliter le passage à hauteur de Martissant. « Papa Pèp » di Bob C, n’est pas cohérent dans ses déclarations relatives à la nécessité impérieuse de mettre fin aux forfaits des bandits. C’est cynique, immoral et monstrueux de traiter avec des bandits qui tuent les gens comme des bêtes, appauvrissent la population, qui s’adonnent à des actes de vandalisme, de viol, de vol et de kidnapping.

Ce n’est pas sans raison que les bandits s’installent confortablement dans certaines zones et gagnent de plus en plus de terrain dans le pays. Ils ont des complices un peu partout. L’Etat est le premier des complices. Il nous laisse à la merci des bandits. Certains hommes de médias sont trop tendres avec les bandits, ils les appellent comme si c’était normal, pour leur demander des faveurs pour la population, ils leur offrent leurs micros pour qu’ils se fassent entendre et en profitent pour tisser des liens avec eux. Il faut comprendre que les bandits qui acceptent que les voitures de Bob C traversent Martissant en toute tranquillité développent un rapport personnel avec lui. Ils sont devenus des associés au détriment de la population haïtienne. De même que les hommes d’affaires et politiques.

Ces derniers s’associent aux bandits pour faire leur beurre au détriment du besoin collectif. Il faut comprendre aujourd’hui que l’insécurité est instrumentalisée et bien entretenue. La société doit faire preuve de plus de vigilance et d’intelligence pour comprendre le jeu des acteurs, qu’ils soient des hommes politiques, des hommes d’affaires et aujourd’hui plus que jamais des hommes de micros qui font le double jeu.

Martissant est depuis quelques mois, une vallée de l’ombre de la mort. Des milliers de familles ont fui leurs maisons pour se réfugier sur des places publiques, dans des maisons abandonnées, sur des sites de fortunes. Des citoyens haïtiens de famille modeste ont perdu leur vie à Martissant sous des balles assassines, des femmes enceintes sont mortes par balles, des nourrissons sont morts, des personnels de santé ont laissé leur peau dans cette zone devenue inaccessible. Il est inadmissible et inconcevable que des personnages publics parlent un double langage.

A voix haute, ils dénoncent les bandits, demandent à l’Etat de prendre ses responsabilités et clandestinement négocient avec les bandits pour s’enrichir. Nous ne sortirons pas de l’insécurité autant de fois que des gens utilisent leur rapport privilégié avec les gangs pour s’enrichir malhonnêtement. C’est de l’argent sale qui se fait à Martissant, dans les bidonvilles et dans les quartiers populaires qui sont les repères des gangs. Exploiter l’insécurité en s’associant avec les bandits, c’est faire preuve d’immoralité et de corruption.

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