« Konpè Filo » meurt faute de soins, Haïti salue le départ d’une icône !

Le journaliste de carrière Anthony Pascal, plus connu sous le nom de « Konpè Filo », est mort ce vendredi 31 juillet 2020. Agé de 67 ans. Il a rendu l’âme dans une ambulance, faute de soins. Membres de la société civile, officiels du gouvernement, simples citoyens…, une pluie de réactions et de sympathies s’en est suivie, après le départ de cette icône de la presse et de la culture haïtienne.

« Se yon nouvèl terib ki frape nou nan kè nou ! Se yon gwo pèt… Pap gen 2 Filo ! ». Les premières phrases prononcées par Liliane Pierre-Paul pour annoncer en direct, dans son journal, la mort d’Anthony Pascal, son ancien collègue de travail. Avec beaucoup de difficultés, de l’émotion dans la voix, la présentatrice vedette de l’édition de nouvelle « Jounal 4è » sur Radio Kiskeya, revient sur le parcours de « Konpè Filo ». « Nou fè karyè nou ansanm, nou prezante jounal ansanm, e nou sibi yon pakèt pèsekisyon », a témoigné Mme Pierre-Paul, qui décrit un personnage spécial, humble et singulier.

La journaliste militante qui présente ses condoléances aux membres de la famille du défunt, rappelle que « Filo » est l’une des figures emblématiques de la presse haïtienne, particulièrement dans la lutte pour la liberté d’expression. « Jodi a se anivèsè Jean Léopold Dominique, e se jou sa Filo kite nou », regrette la Directrice de programmation de Radio Kiskeya.

Venel Remarais, lui aussi, a collaboré avec Anthony Pascal. « C’était mon ami. D’ailleurs, récemment j’ai eu une conversation avec lui », a dit le responsable de Radio Solidarité, qui réagissait au micro de radio Kiskeya, quelques heures après ce décès. M. Remarais souligne que le défunt, durant toute sa carrière, mettait sa vie au service de la démocratie et du respect des droits humains. « Konpè Filo restera vivant dans l’esprit de tous les Haïtiens », a déclaré le Président de l’Association des Médias Indépendants d’Haïti (AMIH).

Le cinéaste haïtien Arnold Antonin qui a d’ailleurs retracé la vie de plusieurs militants de droits humains dont « Konpè Filo », à travers son film intitulé « Le droit à la parole », salue le départ du journaliste célèbre. « Mwen panse Filo te fin sove, malerezman se nouvèl lanmò li nou jwenn jodi a ! Mwen kwè li mouri avèk anpil lapèn, poul kite peyi a nan eta sa a », s’est indigné M. Antonin. Pour le cinéaste, Anthony Pascal était « un très bon journaliste, un vodouisant assumé, qui défendait la culture populaire et la tradition ».

« Se avèk anpil lapèn nou aprann sa. Se yon nouvèl ki fè sektè vodou a mal anpil. Vodou a pèdi yon gwo gason, yon gwo konseye, yon ayisyen konsekan, yon militan… », a dit Alix Compas, prêtre vodou. Pour lui, Konpè Filo est irremplaçable. Cette disparition, selon M. Compas, laissera un grand vide dans le milieu médiatique et culturel haïtien.

Konpè Filo meurt, faute de soins !

Anthony Pascal dit « Konpè Filo », qui habitait à Martissant, souffrait du diabète. Avant sa mort, il a eu des problèmes respiratoires. Selon l’un de ses proches, il était en hypoglycémie alors qu’aujourd’hui son taux de sucre dans le sang était trop élevé. « Depuis la semaine dernière, Filo affichait un état de santé fragile », a raconté Nyrva Cléophat, un proche parent, qui s’est confiée au journal Le Nouvelliste.

Après avoir passé la nuit du 30 juillet au centre hospitalier de Médecins Sans Frontières de Drouillard, sa famille avait décidé de le référer à l’hôpital universitaire de Mirebalais, le lendemain. « MSF de Drouillard ne pouvait pas lui prodiguer les soins qu’il lui fallait. Son cas n’était pas compliqué. On pouvait le sauver mais malheureusement l’ambulance qui le transportait ne disposait pas d’une oxygénothérapie suffisante compte tenu de son état », a regretté un médecin de l’hôpital universitaire de Mirebalais.

Dans une entrevue accordée au quotidien haïtien, le médecin en question souligne que « l’hôpital universitaire de Mirebalais a demandé que le patient soit intubé ». « Médecin Sans Frontières l’a envoyé sans intubation et sans faire les calculs pour la quantité d’oxygène nécessaire », a-t-il dénoncé. Selon lui, « la vie de ce grand homme pouvait être sauvée ». Le quotidien haïtien qui évoque des sources, rapporte que le staff médical est sidéré suite à ce décès.

Les hommages des officiels

« Un mapou est tombé, et la douleur est ressentie dans tous les lakous. Konpè Filo, de son vrai nom Anthony Pascal, nous a quittés. Nous perdons un grand promoteur de notre culture », a écrit le Président Jovenel Moïse. Dans son tweet, le locataire du Palais dit s’incliner devant sa dépouille et présente ses sympathies à sa famille et ses compagnons de route. Le Premier ministre lui aussi, adresse ses mots de sympathies. « Se avèk anpil tristès mwen aprann lanmò Anthony Pascal (Konpè Filo). Tout peyi a pèdi ! M pap janm bliye epòk Filo te konn keyi grenn Mapou pou mwen. Map koubem byen ba pou salye travèse li, kouraj li e pou tout sa li te reprezante nan peyizaj kiltirèl Ayiti a », a tweeté Joseph Jouthe.

Dans une note rendue publique dans la soirée du vendredi, le Ministère de la Culture et de la Communication informe avoir appris avec émoi, cette triste nouvelle. « L’animateur de l’émission Kalfou sur la Télé Ginen se battait toujours pour défendre notamment les valeurs de notre culture. De toute l’histoire contemporaine de la presse en Haïti, entre l’avant Duvalier, 1986, et nos jours, Konpè Filo est resté jusqu’à sa mort, en ce 31 juillet 2020, parmi l’un des journalistes les plus dignes, les plus humbles et les plus incorruptibles », lit-on dans cette note. Le Ministère salue le départ d’Anthony Pascal, et croit qu’il a laissé derrière lui, toute une nation dans la douleur et la tristesse.

Père d’une fille, homme de théâtre, 50 ans de carrière dans le journalisme, « Konpè Filo » est considérée comme l’un des pionniers de la bataille pour la démocratie et la liberté d’expression en Haïti. En 1980, Anthony Pascal allait être arrêté et sévèrement battu par les sbires de Jean-Claude Duvalier. Face aux persécutions politiques dont il faisait l’objet, « Konpè Filo » allait connaître l’exil après le 28 novembre 1980. Le journaliste est parti, mais ses oeouvres resteront graver dans les mémoires.

L’équipe d’Haïti Infos Pro s’incline devant la dépouille de ce grand homme, qui a marqué à l’encre forte son passage dans le milieu médiatique haïtien. Bon travèse Filo !

Luckson Saint-Vil / HIP

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