La superpuissance de Barbecue face à l’insignifiance d’un État failli

Barbecue ne se cache plus. Il opère à visière levée. Son arrogance cynique et son pouvoir de décider de notre sort sont à la fois inquiétants et exaspérants. Nous voici aujourd’hui à la merci d’un chef de gang jouissant de l’impunité du pouvoir PHTK et de l’absence totale de l’autorité de l’Etat.

Il contrôle depuis quelques temps les axes routiers menant au terminal de Varreux, ce qui lui confère un pouvoir absolu sur l’approvisionnement des pompes à essence et implicitement sur tous les services dont leur fonctionnement requiert du carburant. En d’autres termes, le puissant chef de gang Jimmy Cherizier (Barbecue) nous contrôle.

Barbecue a accordé une « trêve », telle a été la phrase la plus entendue depuis l’annonce faite par le chef de G9 de libérer la circulation pour faciliter les camions-citernes de faire le plein. Bizarrement, sa parole fait ‘’autorité’’. Toute suite après ses déclarations, des autorités du gouvernement ont assuré que les pompes à essence seront approvisionnées durant le weekend, de son côté l’ANADIPP sort des communiqués relatifs à la distribution du carburant. Tous les acteurs impliqués dans la distribution des produits pétroliers en Haïti, l’Etat haïtien au premier chef, avouent leur impuissance par rapport aux gangs dans le pays. L’Etat n’existe pas s’il ne détient pas le monopole de la violence légitime. Et de fait, les gangs aujourd’hui revendiquent ce monopole qu’ils exercent pour tuer, kidnapper et terroriser la population haïtienne.

Ce qui est certain dans ce que nous appelons « Crise de carburant », mais qui à la vérité est une situation provoquée par des groupes d’intérêts qui prennent en otage la structure de l’Etat pour servir leurs propres intérêts, c’est que « Nous » le peuple, de par notre passivité et la façon dont nous nous adaptons aux réalités qu’elles soient critiques et intenables, nous avons facilité la tâche aux bandits du secteur privé, aux corrompus de l’Etat et à ceux à qui on a donné des armes pour maintenir le chaos dans le pays. Pendant plusieurs années, pour des raisons multiples, l’Etat haïtien, les hommes politiques et les détenteurs des richesses du pays, utilisent à leurs fins les groupes armés. La réalité n’est pas différente aujourd’hui, mais elle a empiré. Les morts liés aux problèmes de carburant sont de la responsabilité de l’Etat haïtien et de ceux pour qui les bandits agissent.

Le pouvoir avec Jovenel Moïse n’a jamais été au palais national, mais plutôt dans les ambassades et entre les mains des oligarques corrompus. Jovenel Moïse, voulant mater les manifestations, a utilisé les gangs pour déguerpir les gens des quartiers défavorisés qui représentaient une force populaire importante dans les revendications. Avec Ariel Henry, le pouvoir est encore dans les ambassades puisqu’il a été choisi par ces dernières, mais aussi entre les mains des gangs. Barbecue, au vu et au su de tous, détient un pouvoir qui met en péril la vie des gens innocents.

Allons-nous continuer à accepter l’inacceptable en laissant le pays aux mains de ces irresponsables ? Acceptons-nous, malgré les meurtres, les décès provoqués par la rareté du carburant, les kidnappings, le traitement inhumain infligé aux ressortissants haïtiens en République Dominicaine, cohabiter avec les gangs armés, les gangs à costume et les bandits du secteur privé ? Tout s’effondre autour nous depuis bien des temps, nous avons par le passé et plus récemment crié aux scandales, revendiqué nos droits et demandé des comptes, à plus forte raison aujourd’hui, nous devons vaincre cette léthargie dans laquelle nous nous retrouvons pour reprendre notre destin en main.

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