Liliane Pierre-Paul rend hommage à Anthony Barbier, à l’occasion de son anniversaire de naissance, le 3 décembre 2021 !

Né le 3 décembre 1946, tu aurais eu 75 ans aujourd’hui, Anthony ! Hélas, sans avoir pu célébrer l’heureux événement d’un siècle rempli aux trois quarts, tu nous as brutalement laissés au soir du 29 janvier 2021, peu avant 10 heures !
 
Tu nous manques ! Tout de toi nous manque !
Tes grandes qualités appréciées de tous, comme tes péchés mignons !
 
Tes éclats de rire, ton humour parfois corrosif, tes longs silences quand tu lisais ou écrivais, mais pas seulement. Tu étais un grand taciturne.  Tes « hmmm… », tout en glissant ta main droite sur ta tête: « sa w vle, se konsa nou ye, se yo ki pou chanje, se sistèm edikasyon an ki dwe refèt nèt ! »
 
Ta tolérance proverbiale envers tout le monde ! Pas rancunier pour un sou, tu disais toujours qu’il n’y a pas de place dans ton cœur pour la haine et que tu ne te souviens que des choses heureuses.
 
Ton amour charnel pour le pays, ton bonheur suprême de t’éloigner de Port-au-Prince, ville étouffante, repoussante, pour aller parcourir le pays profond. Tête de liste, L’Asile, bien sûr ! Tu as fait le tour, à plusieurs reprises de ce pays que tu connaissais sur le bout des doigts, dans ses moindres recoins. Tu t’es fait des amis partout, des hougans jusqu’aux évêques en passant par les pasteurs, des péristyles aux cathédrales, des petites gens aux notables, sans oublier les marchandes assiégeant les bords de routes qui, du nord au sud, t’appelaient par ton nom en proclamant qu’elles venaient à la rencontre de leur « mari « . 
 
Anthony, ta vaste culture, ta fine connaissance des gens et des choses de ce pays, la justesse, la subtilité et la profondeur de tes analyses politiques avaient fait de toi un consultant national bénévole, ultra-sollicité, à travers la République.
 
Tout de toi nous manque ! Tes grandes qualités autant que tes petits défauts !
 
Tes rares et saines colères se manifestaient contre l’absence de patriotisme, de vision des uns et des autres, le cancer de la corruption, la médiocrité généralisée caractérisant les pratiques politiques en Haïti, même dans ton propre camp ! « Nèg yo ap grennen tenten wi la a, tèt yo di twòp ! » t’alarmais-tu devant l’indigence intellectuelle et la mauvaise foi de certains acteurs refusant de sortir des sempiternels sentiers battus. 
 
Tu cherchais tout le temps dans notre histoire tourmentée -faite de grands paradoxes et de surprenantes dichotomies- des explications à notre échec collectif. Ta théorie à toi s’intitule le « Consensus de Boyer », fondé sur l’exploitation à outrance de la paysannerie au profit de l’ancienne métropole en passant par les intermédiaires du bord-de-mer. Tu travaillais là-dessus, quand tu as été emporté par la grande faucheuse. Depuis cette soirée fatidique de janvier, il m’est arrivé de presser le pas pour venir discuter avec toi avant de me rendre compte que tu n’étais plus là ou de commencer à taper ton numéro, t’envoyer un mail ou un sms, puis d’y renoncer. Quand je suis à la maison, des fois je guette ton retour à la fenêtre de la cuisine, les yeux rivés sur la barrière d’entrée, avant de me rendre à l’évidence…
 
Dix mois déjà que tu es parti, il ne se passe pas un jour sans que Djuly, Rénette, Francillon, Frantz, Emas ne parlent de toi, de ce que tu aurais dit, fait ou ordonné de faire. Des fois, il y a des crises de larmes qui s’emparent de l’un d’eux ou les submergent tous en même temps. Quant à moi, la plupart du temps je suis dans une situation indéfinissable, ressemblant à un grand brouillard. Mon seul point d’équilibre c’est mon travail à la radio, marqué au coin de la passion d’un rêve éveillé de l’émancipation de ce peuple maintes fois dupé !
 
Anthony, tu es avec moi toutes les secondes, dans ma tête, dans mon cœur. Tu n’en sortiras jamais !
 
Liliane

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