« Ma sécurité a été retirée sans préavis, la nuit de l’assassinat de Jovenel Moïse », révèle Ariel Henry à Washington Post

Le Premier ministre Ariel Henry révèle que sa sécurité ait été retirée sans préavis, la nuit même de l’assassinat de l’ancien Président Jovenel Moïse. Le Chef du gouvernement a fait ses révélations, dans un mémo envoyé le weekend écoulé au journal américain Washington Post. Dans ce texte qui a été publié hier dimanche 11 octobre 2021 dans la rubrique « opinion », le Chef du gouvernement affirme qu’il avait peur pour sa propre vie, après l’assassinat. Ariel Henry qualifie de « hors propos et imprudente », toute insinuation selon laquelle il aurait été imprimé dans ce crime.

La rédaction publie in extenso, le mémo du Premier ministre Ariel Henry…

Lorsque le président Jovenel Moïse m’a demandé le 5 juillet de diriger son gouvernement en tant que premier ministre, je sais que je n’étais peut-être pas le choix auquel on s’attendait le plus. Je ne faisais pas partie du cercle restreint du président et je n’étais plus impliqué dans la politique. J’étais occupé par ma pratique médicale en tant que l’un des rares neurochirurgiens en Haïti.

J’ai accepté le poste parce que je croyais en la vision du président et en son engagement à laisser un héritage, d’abord en modifiant notre constitution, puis en organisant les élections qui avaient été retardées pendant plus d’un an. Les élections présidentielles devaient avoir lieu le 26 septembre, et si l’impensable ne s’était pas produit, peut-être aurions-nous déjà une idée claire de la voie à suivre. Moïse pensait que la constitution était à l’origine d’un grand nombre des impasses politiques que nous avons connues au fil des ans, et je suis d’accord.

Mon rôle de Premier ministre a changé radicalement, d’une manière à laquelle personne ne s’attendait, en raison de l’assassinat tragique du président. Je savais que ma tâche ne serait pas facile ; beaucoup pensaient qu’elle serait impossible.

Mais en tant que neurochirurgien, j’ai dû faire face à l’impossible à quelques reprises.

Depuis mon entrée en fonction, j’ai toujours été convaincu que les cerveaux et les auteurs de cet horrible assassinat devaient être traduits en justice. Je sais qu’ils le seront. Le respect de l’enquête indépendante est primordial pour moi et c’est pourquoi je n’ai pas demandé à être informé ou à m’enquérir de l’enquête.

Dans la terrible nuit du 7 juillet, après que ma sécurité ait été retirée sans préavis au milieu de la nuit, j’ai eu peur pour ma propre vie. J’ai dû me mettre à l’abri. J’avais été nommé premier ministre pour diriger le gouvernement du président. Toute insinuation selon laquelle j’aurais été impliqué dans ce crime épouvantable est non seulement hors de propos, mais imprudente.

Je me suis concentré sur l’organisation d’une coalition de partis politiques en vue de la signature d’un accord permettant de trouver une voie d’avenir pour Haïti et son peuple. Je suis fier de dire qu’après plusieurs semaines de négociations, nous avons accompli cette tâche colossale. Environ 550 partis politiques, organisations de la société civile et organisations socioprofessionnelles se sont réunis pour signer un accord sans précédent. Ces partis et organisations politiques sont composés de toutes les idéologies et de tous les leaderships. Tous ont compris l’urgence de se rassembler, d’abord et avant tout pour le peuple haïtien. C’était le souhait de Moïse, et comme le déclare notre drapeau, « l’unité nous rend plus forts ».

Malheureusement, certains membres de la société civile n’ont pas encore accepté de se joindre à nos discussions et ont choisi de venir de leur propre chef. Je suis fermement convaincu que nous ne pouvons pas trouver une voie à suivre en excluant la grande majorité de la classe politique. J’ai fait part de cette préoccupation au secrétaire d’État adjoint Brian Nichols et au directeur principal du Conseil de sécurité nationale pour l’hémisphère occidental Juan Gonzalez lors de leur récente visite, et ils conviennent que la société civile doit prendre part à notre accord. La porte reste ouverte.

L’accord politique prend en considération de nombreuses préoccupations des partis politiques, et le document contient de nombreux compromis. Il montre un niveau de maturité que l’on n’a pas vu en Haïti depuis de nombreuses années.

Deux des principaux objectifs de l’accord sont de faire avancer le projet de Moïse pour une nouvelle constitution et des élections. La rédaction d’une nouvelle constitution était une chose dont il était très fier et l’héritage qu’il espérait laisser derrière lui. Nous voulons honorer ses souhaits en l’approuvant dans le cadre d’un processus inclusif, afin de garantir que les préoccupations de chacun soient prises en compte.

Les élections sont l’autre priorité. Il s’agit de faire en sorte qu’un président élu prenne ses fonctions le plus rapidement possible. À cette fin, nous allons d’abord établir un nouveau conseil électoral inclusif (CEP) pour garantir des élections libres et équitables.

Une fois que nous aurons un nouveau conseil électoral, il lui appartiendra de proposer dès que possible un calendrier électoral afin que nous puissions élire un président et un parlement et organiser des élections locales, qui se font attendre depuis si longtemps. Mon objectif est de faire en sorte que ces élections soient organisées au cours du second semestre de 2022, afin que nous puissions avoir un président élu avant la fin de l’année 2022.

Au cours des dernières années, et surtout des deux dernières, Haïti a été confronté à une série de défis sans précédent, d’une pandémie mondiale à la perte tragique de notre président, en passant par un tremblement de terre dévastateur suivi de tempêtes destructrices. Mais je reste optimiste et je crois que des jours meilleurs nous attendent, mais pas sans de nouveaux défis. Nous devons nous rassembler en tant qu’Haïtiens et assurer un avenir meilleur.

Lien de l’article publié dans le journal Washington Post, le dimanche 11 octobre 2021 :
https://www.washingtonpost.com/opinions/2021/10/11/haiti-elections-constitution-ariel-henry-moise-vision-unity/

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