« Pandora Papers » : Lamothe, Bigio, Boulos et les Jaar, cités dans un scandale fiscal d’ampleur mondiale

Des personnalités politiques et hommes d’affaires haïtiens ont été épinglés dans le cadre d’une investigation internationale réalisée sur des secrets financiers touchant 91 pays et territoires à travers le monde. Lors de cette enquête menée par un consortium de journalistes, 11,9 millions de documents confidentiels ont été rendus publics pour la première fois, mettant au grand jour l’implication de ces personnalités dans la mise en place d’entreprises, de structures et/ou dans des achats et ventes secrètes d’actions et de maisons. Parmi les gens cités figurent l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe, les hommes d’affaires Gilbert Bigio, Rudolph Boulos et des membres de la famille Jaar.

La nouvelle a secoué toute la planète. Dans la presse internationale, l’information fait la première manche des Éditions de nouvelles ou les Unes des journaux. Ils étaient au total 650 journalistes venus de 150 médias dans 117 pays, qui ont levé le voile sur les secrets financiers de 130 milliardaires, 35 Chefs d’Etat et 300 anciens ou actuels responsables publiques à travers le monde. Durant cette enquête les journalistes ont analysé, 11,9 millions de documents secrets, soit 2.94 tera de capacité.

Le consortium international des journalistes d’investigation s’est également penché sur des fichiers provenant de 14 sociétés de services financiers dans des pays tels que les Îles Vierges britanniques, le Panama, le Belize, Chypre, les Émirats arabes unis, Singapour et la Suisse. D’après la conclusion des investigateurs, ce vaste système financier est souvent utilisé par ces milliardaires et hommes politiques, pour échapper au fisc. Au total : 32,000 milliards de dollars pourraient être cachés de l’impôt.

Plusieurs personnalités de divers pays ont été épinglées dans ce scandale, qui a eu l’effet d’une bombe. Parmi ces Etats, Haïti en fait partie avec le nom de certains hommes d’affaires et/ou hommes politiques, figurant sur la liste. D’abord, Laurent Salvador Lamothe. L’ancien Premier ministre a été cité dans les « Pandora Papers », pour avoir placé ses avoirs dans des territoires à fiscalité avantageuse, à des fins d’évasion fiscale.

Selon les journalistes investigateurs, l’ancien Ministre des Affaires Etrangères s’était désolidarisé de ses entreprises avant de rejoindre le gouvernement haïtien. Mais dans les « Pandora Papers », il est révélé que M. Lamothe est resté actionnaire de certaines sociétés pendant son mandat, dont trois dans les Îles Vierges britanniques que « Trident Trust » a créées entre 2002 et 2008. « Malgré le fait qu’en 2010, Lamothe a démissionné de son poste de directeur de « Lightfoot Ventures Ltd », l’une de ces sociétés, il en est resté le propriétaire effectif », détaillent les documents.

L’ex-Chef du gouvernement, conclut l’enquête, a eu recours a des paradis fiscaux (des Etats en dehors de tout contrôle fiscal), pour dissimuler ses avoirs aux regards indiscrets. Il est mentionné aussi dans les « Pandora Papers », une correspondance électronique de « Trident Trust », qui décrit « Lightfoot Ventures » comme l’un des principaux fournisseurs de télécommunications en Haïti, avec des bureaux en Afrique du Sud, aux Etats-unis et dans certain nombre d’autres pays.

En réaction, l’ex-Chef du gouvernement sous l’administration de Martelly rejette d’un revers de main la conclusion de cette enquête. « L’opinion doit se démarquer de toute tentative de confusion et d’amalgame intéressés », a écrit le secrétariat particulier de Laurent Lamothe, dans une note de clarification rendue publique lundi 4 octobre.

Dans le scandale des « Pandora Papers », figure également le nom de Gilbert Bigio, l’un des membres les plus influents du secteur des affaires haïtien. Selon les documents dont disposent les journalistes enquêteurs, les Bigio ont utilisé des moyens indiscrets dans de multiples paradis fiscaux, et ont transféré des fonds à Miami et en Suisse.

Selon ce qu’a rapporté Miami Herald, l’un des partenaires de l’investigation, le GB Group, dont les bureaux se trouvent dans la ville floridienne d’Aventura, a construit au cours de la dernière décennie le terminal à conteneurs privés de Port Lafito et la zone de libre-échange d’Haïti.

En Floride, les Bigio ont vécu derrière des grilles de protection dans une zone luxueuse appelée « Indian Creek Island ». Ils ont bénéficié de la protection de la police locale qui surveille 24 heures sur 24 l’entrée de l’Île privée. Les registres de propriété montrent que leur maison est détenue au nom de deux sociétés : Agro Products and Services, enregistrée en Floride, et Porpoise Investments Ltd, une société écran enregistrée sur l’île de Man, une dépendance autonome de la Couronne britannique à faible taux d’imposition située en mer d’Irlande.

L’adresse d’Indian Creek apparaît également sur une société associée au petit-fils de Bigio, le nommé Ignacio. La maison de huit chambres à coucher et de 8 881 pieds carrés a été construite en 1996 et s’est vendue à l’époque pour 4 550 000 dollars. Elle se trouve à proximité de l’endroit où habitent Ivanka Trump (la fille de l’ancien Président américain) et son mari Jared Kushner.

D’après la conclusion de l’investigation, la véritable croissance de la richesse de la famille Bigio semble avoir eu lieu après la deuxième éviction d’Aristide en 2004. Les Bigio, ayant les racines qui remontent aux Juifs syriens qui sont arrivés en Haïti à la fin des années 1800, se sont depuis, développés dans le secteur de l’énergie et des télécommunications, tant sur le territoire haïtien que dominicain.

Les documents Pandora fournissent un prisme unique pour observer la richesse croissante de la famille Bigio, grâce à une usine à coton et à des sociétés commerciales. Dans les années 1970, avec l’entreprise Aciérie d’Haïti, la famille a encore accru sa fortune. L’enquête parle également d’autres entreprises créées par les Bigio, mais aussi des avocats qui travaillent pour le compte de cette famille, dans le but de faciliter des transactions en dehors des normes fiscales internationales.

Les Bigio ne sont pas les seuls Haïtiens éminents que l’on retrouve dans les documents Pandora. Dans le cadre de l’enquête, les journalistes parlent de cette société pharmaceutique appelée Pharval », propriétaire de l’ancien sénateur, Rudolph Boulos, qui a été impliquée en 1996 dans une transaction commerciale qui a conduit à l’empoisonnement accidentel d’au moins 30 enfants haïtiens.

« L’ingrédient contaminé provenait de fûts de Chine vendus par des fournisseurs européens, et un reportage de « 60 Minutes » en 1999 a montré comment personne n’a été inculpée », disent les documents.

Le dernier nom haïtien figurant sur la liste, c’est Roger Jaar. Les investigateurs le décrit comme un éminent homme d’affaires basé à Miami qui, comme Bigio et d’autres élites, s’est enrichi à l’époque des dictatures haïtiennes mais a quitté Haïti au début des années 90. « Jaar, un important producteur de bouteilles de boissons gazeuses, et son frère Raymond, possèdent conjointement des sociétés écrans qui remontent à la fin des années 1980 ». Selon le consortium des journalistes, ces sociétés sont parmi les plus anciens dossiers retrouvés. Notons que jusqu’à la fin de l’enquête, ni Rudolph Boulos ni Roger Jaar n’ont répondu aux courriels demandant des commentaires.

Entretemps, les vagues de réactions se poursuivent à travers le monde, où les personnes épinglées tentent de se défendre et se démarquer des révélations. Après les Panama Papers et les Paradise Papers, vient aujourd’hui les Pandora Papers qui, pour le consortium des journalistes, représentent la dernière – et la plus importante en termes de volume de données – d’une série de fuites importantes d’informations financières qui ont convulsé le monde de l’évasion fiscale, depuis 2013.

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