Quand Ariel Henry veut profiter du concours des évènements pour augmenter les prix des produits pétroliers

Toutes les conditions sont réunies à présent pour revoir à la hausse les prix des produits pétroliers à la pompe, peuvent s’en réjouir ceux qui ont provoqué la rareté, la pénurie et la crise du carburant. Mentalement, la population est préparée à payer l’essence à un prix exorbitant à la pompe pourvu qu’il soit disponible.

La sortie d’Ariel Henry sur la nécessité d’ajuster les prix, n’est pas anodine. C’est le timing parfait pour lui avec ce remaniement ministériel d’augmenter les prix. Avec une frange de l’opposition dans sa poche, particulièrement le secteur démocratique et populaire (SDP), le Docteur veut « baiser » la population en pleine crise de confiance en sa capacité à se battre pour son bien-être collectif.

Plus d’opposition politique dans le pays depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, plus de manifestations de rue pour protester contre les dérives du pouvoir, Jovenel Moïse, semble avoir emporté avec lui dans sa tombe toutes les difficultés auxquelles Haïti était confrontées. Paradoxalement, tout s’est aggravé, l’insécurité, la misère, la corruption et la mauvaise gouvernance. L’arrivée d’Ariel Henry a précipité davantage le pays dans un déséquilibre total notamment avec la crise du carburant. Jamais depuis les épisodes de rareté des produits pétroliers, le pays n’avait pas été aussi déstabilisé.

Les auteurs intellectuels de la crise du carburant en Haïti ont poussé la limite des citoyens à un point tel, qu’ils ont fini par préparer la population à accepter l’inacceptable. Le pays a souffert, de la crise du carburant, des hôpitaux ont fermé leurs portes, des gens sont morts, les prix du transport en commun et des produits de premières nécessites ont explosé, tout cela à cause de la crise du carburant. Aujourd’hui, avant toute chose, le plus important pour la population c’est la disponibilité des produits pétroliers dans les pompes, le reste est secondaire.

Ariel Henry ne nous apprend rien sur le manque à gagner de l’Etat haïtien sur les produits pétroliers, on le sait tous. Néanmoins, c’est le moment qu’il a choisi de faire son « speech » sur le carburant. Le moment n’est pas opportun, certes c’est une nécessité pour l’Etat, selon plusieurs économistes, de mettre fin à la subvention, néanmoins il faut tenir compte du pouvoir d’achat de la population qui ne cesse de diminuer par rapport à l’inflation, précisent ces économistes. L’économiste Fritz Alphonse Jean, dans une interview accordée au journal Le Nouvelliste, a fait savoir que « la population ne peut pas faire les frais de la mauvaise gestion de l’État. Il revient aux autorités de trouver des fonds pour son bon fonctionnement, les citoyens qui sont de plus en plus démunis ne peuvent être pénalisés ». Pour lui l’Etat doit agir sur sa crédibilité, il doit montrer une volonté sans faille à combattre la corruption, le détournement de fonds, la contrebande, limiter les franchises douanières, ce n’est qu’à ce moment, dit-il, qu’il pourra mettre fin aux subventions non seulement du carburant mais dans tous les domaines.

Ce qui est certain c’est que le gouvernement, la communauté internationale, les brasseurs d’affaires et les gangs ont compris aujourd’hui que nous sommes à bout de souffle. Ceci est tellement vrai qu’on a dépensé beaucoup d’énergie à dénoncer le pouvoir de Jovenel Moïse pour sa complicité avec les gangs, sa mauvaise gouvernance, mais qu’aujourd’hui, on accepte d’être dirigé par un premier ministre illégitime, qui fait office de président en même temps en dehors de tout cadre légal. On n’est même pas capable d’agir. Nous avons baissé les bras, aujourd’hui, les propriétaires de véhicules sont prêts à payer le carburant au prix fort, une fois qu’il est disponible dans les pompes. C’est la réalité. On nous a préparé à cela. Les parents vont préférer emmener leurs enfants à l’école au lieu d’être dans les rues à protester contre la hausse des prix de l’essence, les passagers voudront aller travailler sans se soucier des prix des circuits, ainsi de suite. Si l’Haïtien aujourd’hui a fini par accepter de perdre sa liberté de personne, au point qu’une fois capturer par les kidnappeurs, il accepte que l’on mette un prix sur sa tête, à plus forte raison, l’Etat en complicité avec ses partenaires du secteur privé, de la communauté internationale et des gangs, va continuer à se foutre de nous.

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