Que l’on ne s’y méprenne pas : l’opposition n’est pas à rejeter !

À bien réfléchir, il y a dans ce pays des gens qui ne se réclament de rien. Ils ne sont ni de l’opposition, ni du pouvoir en place.
Ils ne s’impliquent pas, ils sont distants, mais ils s’érigent en donneurs de leçons à ceux qui s’affichent, qui prennent position contre les dérives du pouvoir en place.

Quelle est la réalité de l’opposition politique en Haïti ?

Tout d’abord ce n’est pas une unité. Ce ne sont pas des partis politiques où des hommes et des femmes politiques partageant des idéologies communes, ou ayant des aspirations communes. C’est une opposition plurielle, avec des mercenaires politiques, sans conviction, sans scrupules, avec des centristes (kote sa bon an) et qui compte par ailleurs, des hommes et des femmes honnêtes, travailleurs, consciencieux et déterminés. Une telle configuration ne saurait donner de résultats positifs face au pouvoir en place, détenteur de tous les moyens possibles.

Dans les médias, et depuis quelques temps sur les réseaux sociaux, l’opposition politique, la frange qui est au devant de la scène (sektè demokratik popilè a) est lynchée dans les stations de radio et sur les réseaux sociaux. Pourtant, pour la plupart, ce sont des hommes et des femmes qui ne s’avouent pas vaincus, ils résistent au train de la mort de Jovenel Moïse, ils dénoncent les exactions du pouvoir en place, ils tiennent allumer le flambeau de la résistance face aux velléités dictatoriales de Jovenel Moïse. Ce sont des gens qui refusent de laisser le pouvoir agir en toute impunité, ils tirent toujours la sonnette d’alarme, ils détestent rester les bras croisés. Ils tombent, ils échouent, mais ils se relèvent toujours pour continuer à lutter. Ils font preuve toujours de courage et de bravoure face au pouvoir en place. Mais en dépit de tout, on s’acharne à les déstabiliser.

Il n’y a rien d’anormal que Moïse Jean Charles refuse de se joindre au secteur démocratique et populaire, il n’y a rien d’anormal que d’autres partis politiques, regroupement politiques et mouvements politiques, ne s’alignent pas sur la même position que le secteur démocratique et populaire, c’est ça le jeu démocratique, la divergence des idées.

Néanmoins, nous avons aujourd’hui en face de nous, un pouvoir qui a tout fait pour sortir le pays du cadre institutionnel. La démocratie est en berne, la constitution est mise en veilleuse, nous sommes dans toute autre chose sauf dans la démocratie. Voilà l’épée de Damoclès qui se trouve au dessus de nos têtes.

Ce cadre de vie de pourrissement dans lequel nous pateaugeons et qui représente un danger commun mérite l’implication de tous pour un halte là. Ce n’est pas l’affaire de l’opposition politique, c’est l’affaire de tous. C’est un problème d’intérêt national. Il est beaucoup trop facile de se cacher derrière son écran de téléphone pour critiquer, fustiger les hommes et femmes de l’opposition politique qui symbolisent encore la résistance.

Aujourd’hui c’est vers un suicide collectif que va le pays. Tous les indicateurs sont au rouge. Toutes les institutions sont atomisées, elles ont failli à leur mission. L’opposition politique malgré ses faiblesses et son manque d’institutionnalisation n’a jamais lâché prise. Il y a toujours quelqu’un de l’opposition pour lever le petit doigt, pour crier au scandale, il y a toujours une frange qui essaie de porter les revendications populaires quoique n’ayant pas les moyens pour soutenir leur mouvement. Et malheureusement, des gens qui ne s’impliquent pas leur jettent la responsabilité en plein visage. Il faut arrêter cette comédie, c’est beaucoup trop facile.

Aux donneurs de leçons des médias, qui disent que l’opposition a encore échoué ce 17 octobre 2020, parce que la manifestation annoncée en grande pompe n’a pas fait recette, il faut dire que l’échec de l’opposition est le leur. Il le sera toujours autant de fois qu’ils ne comprennent pas l’ampleur du danger qui nous guette. L’opposition echouera encore et encore autant de fois qu’ils restent accrochés à leur petits privilèges et ne mettent pas la main à la pâte pour le bien-être collectif. Arrêtez d’être des donneurs de leçons, mais impliquez vous, engagez vous pour donner force aux différents mouvements visant le chambardement de ce système vieux de plus de deux siècles, et qui a coûté la vie à de nombreux compatriotes, dont le père de la patrie et plus récemment le valeureux bâtonnier Me Monferrier Dorval !

Ricot Saintil / HIP

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