Abimaël Bernadoth: nouvelle victoire qui éclaire sur l’indécence de l’État haïtien

Abimaël Bernadoth « Abi », le champion de la 9e édition du concours « The Voice », France 2020, fait les grands titres, ici en Haïti et ailleurs.

D’origine haïtienne, son sacre a été salué dans le monde entier, et procure aux Haïtiens un sentiment de bonheur et de fierté. Son succès devrait nous interpeller, à un moment où l’Etat ne se soucie guère de sa population voire de ses ressortissants.

À chaque succès, chaque victoire, chaque prime décrochés en terre étrangère par un Haïtien d’origine, ou un Haïtien de nationalité, l’Haïtien d’ici ou d’ailleurs retrouve une certaine fierté, qu’il savoure inlassablement, et se sent honoré. Ce qui est une bonne chose.

Cependant, en prenant un peu de recul et en tenant compte de la gestion faite des ressources humaines dans ce pays, on sent qu’il y a un contraste. Haïti fait partie des pays qui affichent le taux le plus élevé de « fuite de ressources humaines ». Les ressources humaines haïtiennes laissent le pays en grand nombre à la recherche de meilleures conditions de travail, d’apprentissage et surtout de meilleures structures pouvant favoriser leur émergence et leur épanouissement. En d’autres termes, elles sont en quête de mieux être.

L’État ne s’est jamais préoccupé du départ massif des Haïtiens vers l’étranger. Il n’a jamais créé les conditions nécessaires à l’épanouissement et à l’émergence dans ce pays. Donc, c’est une bonne chose de se réjouir du succès de l’un de nos pairs, mais c’est aussi l’occasion de demander à l’État des comptes sur sa gestion de la « Culture » dans ce pays.

En musique nous avons raflé des prix prestigieux, nos productions littéraires sont sanctionnées positivement, en sport, nous nous efforçons à rester debout. Paradoxalement, l’Etat en bon opportuniste s’approprie ces succès comme s’il y avait contribué.
La musique, la littérature, le sport, la Culture en générale, ne sont pas valorisés dans ce pays. Il n’y a absolument aucune prise en charge de nos champions, et il n’y a surtout aucun effort de la part de l’État pour favoriser le succès dans ce pays.

L’Haïtien depuis des lustres s’est toujours distingué dans presque tous les concours qu’il a participé. Que ce soit nos écrivains, nos poètes, nos danseurs, nos groupes musicaux, nos chanteurs etc., ils se sont toujours montrés à la hauteur. Donc, le sacre d’Abi est un succès de plus parmi tant d’autres.

Néanmoins, c’est une distinction qui montre clairement que dans le domaine de la musique, les talents ne manquent pas, au contraire ils sont nombreux. Les différents concours de musique organisés, ici en Haïti, ne cessent de mettre en lumière notre richesse musicale. Malgré tout, le ministère de la Culture n’a absolument aucun regard sur ces concours, il ne se préoccupe de rien. Aucune école de musique, d’art, de culture tout court n’a vu le jour dans ce pays pendant ces 20 dernières années. C’est la preuve que l’Etat haïtien, pour paraphraser Suzy Castor est ‘’contre la société’’. Il travaille non à son bonheur mais à son déclin.

Ricot Saintil / HIP

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